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Rosaria

 
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Armand
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MessagePosté le: Mer 15 Jan - 18:51 (2014)    Sujet du message: Rosaria Répondre en citant

Midi sonna au clocher de l'église et la foule des croyant se retira dans un brouhaha qui n'avait plus rien de pieux. Le prêtre regarda ses brebis se précipiter en direction de leurs logis, attirés par un repas qui se faisait attendre. Les enfants de chœurs se délaissèrent de leurs aubes blanches et rentrèrent chez eux à leur tour, la plupart sans adresser ni un mot, ni même un regard au prêtre. La plupart des croyants de la paroisse faisaient de même, mais la grande majorité d'entre ne venaient même plus, et avaient préférés se tourner vers d'autres églises plutôt que de se retrouver à devoir faire leurs génuflexions ordinaires devant ce prêtre qui avait fauté. Comment accepter de continuer cette ridicule mascarade alors que maintenant tout le monde savait ? Visiblement la plupart des gens avait fait leur choix.

Armand n'y était pour rien dans cette décision, et il n'appréciait pas plus que ça qu'on lui ait forcé la main de cette façon. L’évêque l'avait fait venir, et avait insisté avec tant de fermeté qu'il ne réussit pas à faire valoir son avis. La mère supérieur non plus ne réussit pas à obtenir gain de cause, et pour la première fois ces deux là partageaient le même avis : cette situation c'était pas tolérable. Qu'importe l'absence d'un remplaçant avant des mois, qu'importe la fermeture de l'église, les gens ne viendraient pas. La rumeur de son coming out avait déjà fait le tour du quartier humain, et il ressentait déjà suffisamment les regards hostiles sur lui quand il ne faisait que se promener dans la rue. Armand n'était pas naïf au point d'imaginer que ses semblables le comprendraient, mais les provoquer en continuant les offices lui apparaissait comme une pure folie. Et au fond ça lui allait que personne ne vienne, et ça réduisait grandement les chances de se faire tabasser.

Une fois que les objets de cultes furent tous mécaniquement rangés, il se prépara à partir lui aussi. Il rejoignit le presbytère et se changea. Il n'avait qu'une envie en tête, quitter le quartier au plus vite et se mettre à l'abri de tout ces regards culpabilisateurs. Armand troqua sa soutane contre une veste, et se prépara à travers la nef, tête baissée pour éviter de croiser qui que ce soit. Son sermon sur le pardon n'avait pas eu l'effet escompté sur son auditoire et il souffrait encore du profond malaise qui avait gonflé l'église à ce moment là.

Malheureusement il n'avait même pas fait quelques mètres qu'il se retrouva face à une silhouette noire, agenouillée devant l'autel. Cette femme tendit les mains au ciel dans une posture de prière étrange, avant de se recroqueviller sur elle même et finir par baiser les marches de l'autel. Armand n'osa pas bouger, ni s'approcher d'elle, ni même la contourner. Sa robe en taffeta de laine crisait au moindre de ses mouvements, et la lumière zénithale des vitaux imprimait sur tout son corps des tâches bleues, rouges et jaunes en forme de figures pieuses. Ses mains gantées de cuir noir serraient un petit missel noir et un rosaire, témoignant d'une force en incohérente avec la fragilité de ses membres. Il lui était impossible de comprendre ce qu'elle disait, car tout ce qui franchissait sa bouche purpurine était une longue et lancinante tirade hachée par sa respiration. Elle répétait sans s'interrompre une prière en ancien commun, mais avec une rapidité et un manque d'articulation tel qu'il était impossible de retrouver un sens derrière ce rythme répétitif. Les mots eux même avaient perdus de leur substance, et le temps et l'oubli n'avaient laissés que dans son esprit que des sons inarticulés ponctués de voyelles, là où autrefois il y avait eu des suppliques et des lamentations. Même un érudit comme Armand ne pouvait récupérer ce sens de ce qui avait été oublié, et au fond de son cœur il sentait qu'il y avait des brebis qu'aucun berger ne peut secourir.

Il respira lentement, puis traversa le chœur d'un pas preste qui interdisait de retenir une personne aussi pressée. Malgré la clarté de ses intentions, la femme se retourna à son passage et l'interpella d'un ton sanglotant. Pendant des nuits où il ressassa la scène, il ne cessa de se dire qu'il aurait mieux fait de quitter l'église, et de ne se retourner sous aucun prétexte. Pourtant ce n'est pas ce qu'il fit, car sa compassion était grande et surtout qu'il ignorait tout de ce qu'il risquait alors.
 


Dernière édition par Armand le Ven 16 Mai - 13:14 (2014); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer 15 Jan - 18:51 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Armand
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MessagePosté le: Ven 16 Mai - 13:13 (2014)    Sujet du message: Here comes the sun Répondre en citant

Un vent frais soufflait sur Rihanon encore endormi. Les étales des marchants n'étaient même pas encore montés et les volets des citadins étaient presque tous clos. Dans les rues la circulation commençait à se mettre en marche, comme si les rayons timides du soleil pâle peinaient à réveiller un animal paresseux. Le vent marin qui soufflait en continu sur la cité des elfes était chargé d'humidité salé et d’embruns. Le ciel encore couvert finirait bientôt par se découvrir, pour baigner les toits de la ville d'une clarté blanche. Le chant des merles se faisaient entendre dans les arbres des parcs, et les parterres de fleurs étaient encore humides d'une légère pluie qui avait battu le carreau toute la nuit. Quant aux habitants de la cité d'opale il n'y en avait pas beaucoup dehors à cette heure matinale. La veille avait été consacrée aux réjouissances d'une fête aussi ancienne que le jour, et ceux qui avaient profité de ce jour férié autour d'un pinte se tenaient la tête au fond de leur édredon. 

 
Contrairement à la plupart de ses nauséeux compatriotes, Armand avait l'esprit clair et le cœur léger. Enfourchant sa bicyclette, il appréciait l'air vif et froid du petit matin ainsi que ce sentiment de solitude et de mélancolie que vous procurait la vision d'une ville en sommeil. Pour quelques heures seulement il abandonnait sa femme à son oreiller. Elle avait le sommeil si lourd qu'en général elle remarquait à peine qu'il était parti. Revenir avant son réveil était un des plaisir qu'il s'accordait. Cette impression de faire des cachotteries en coin, puis revenir paresser sous la couette avec elle, avait du bon, et il n'hésitait pas à en profiter. Tout cela n'avait pourtant que l'apparence du secret, car Anaria savait très bien où il se rendait et ne risquait pas de perdre son mari dans la nature.  

 
Arrivant dans le quartier humain, il se sentit soudain comme épié. Peu confiant, il décida de passer sa route comme si de rien était. Armand savait bien que se sentiment était de la légère paranoïa, et qu'il n'en avait pas à s'en faire. Autour de lui les rues étaient vides et les portes closes. Seul ne se remarquait au milieu de ces rues, le clocher de l'église qui sous le ciel gris semblait être une créature de pierre endormie. Armand avait quelques heures devant lui avant l'office, et la solitude et le recueillement était tout ce dont il rêvait. Il n'était pas retourné dans cet endroit depuis la semaine passé, et il se rappelait avec amertume les bras croisés et les regards inquisiteurs qu'il pouvait voir du haut de sa chaire. Être confronté une nouvelle fois à cette auditoire le rendait morose, et il espérait de tout son cœur que les bancs seraient vides et que personne ne viendraient.  

 
Il entra par la petite porte, et un sourire se dessina sur son visage quand il se sentit enfin dans un lieu familier. Dans l'atmosphère respirait une lourde odeur d'encens et de pierre humide. Ce lieu très saint et cher à son cœur l'emplissait de joie, et c'est sans ménager ses efforts qu'il balaya les pavages, épousseta les statues, changea les cierges et cira les bancs et les prie dieu. Le soleil pâle du matin darda ses rayons timides sur la grande rosace et éclaira la nef d'un arc en ciel de couleur. L'endroit semblait alors habité, vivant et chaleureux, capable d'accueillir les fidèles. Armand consulta l'heure à sa montre et constata avec joie que le temps ne lui manquait pas. Remettant en place ses manches de chemise retroussées sur ses coudes, et passant une veste, il sortit dehors. L'église de l'Immaculée Conception était bordée d'un cimetière ancien, qui avait ce petit quelque chose de britannique qui faisait qu'on le trouvait à la fois sinistre et charmant. Les stèles semblaient avoir été érigées il y a des siècles, et entre elles courraient des bordures de pelouses vigoureusement entretenues par le crachin quotidien. Le sol d'un vert vif semblait comme maintenir englué ces pierres noires mates qui venaient d'un autre âge. Le long de la grille et sur une partie du mur de l'église courrait une glycine, dont les fleurs mauves tombaient en de lourdes grappes odorantes. 

 
Refermant le battant de la porte derrière lui, Armand s'installa à l'extérieur et sortit un paquet de cigarettes de sa poche. Il avait de plus en plus de mal à garder son vice caché réellement caché. Il ignorait si Anaria se doutait de quelque chose, mais il devinait sans le moindre doute qu'il en aurait entendu parlé sinon. Un souffle frais traversa le cimetière et il du protéger la flamme de ses mains pour réussir à allumer sa cigarette. En relevant la tête il inspira une longue bouffée de fumée qui le détendit immédiatement. Armand admira le ciel d'un air niais, se délectant de ces quelques instants de tranquillité.  

 
Soudain il fut dérangé par un grincement métallique, long et aigu. Quelqu'un venait de pousser la grille du cimetière. Cette porte n'était jamais fermée, et même si on le souhaitait cela faisait bien longtemps que la serrure était rouillée et la clef perdue. L'argent avait manqué pour restaurer la bâtisse, et le cimetière n'avait pas bénéficié du même coup de fraîcheur que l'intérieur de l'église. Les extérieurs aussi avaient besoin d'être entretenus, mais il n'y avait aucun argent consacré à cela pour le moment.  

 
Armand tendit le cou pour voir le visiteur. Et lorsqu'il le vit, il sentit son ventre se serrer et un mélange de haine et de crainte monter en lui. Il reconnaissait sans peine cette même femme endeuillée, qui la semaine dernière était venue à se rencontre. Cette fois ci elle portait à son coude un panier remplit de fleurs qui semblaient avoir été cueillit au bord des routes, et dans sa main elle tenait fermement ce même rosaire aux pierres noires. Désireux de l'éviter à tout prix, Armand éteignit sa cigarette et s'engouffra par la porte qui verrouilla. Il attendit quelques instants, s'attendant à entendre le bruit timide de la main d'une femme frappant à la porte. Rien ne se produit. Peut être ne l'avait elle pas vu ? Ou s'en était elle allée ? Armand tenta de voir ce qui se passait dans le cimetière à travers un vitrail pourvu d'un carreau cassé. Au début il ne distingua pas la femme, puis il la vit traverser l'allée. Elle déposait une fleur sur chaque tombe, joignait les mains et après quelques secondes passait à la stèle suivante. Pour avoir déjà observé avec attention ces tombes, Armand savait qu'elles dataient presque toutes de plusieurs siècles, et que la plupart d'entre elles avaient vu leurs inscriptions érodées avec le temps. Les habitants de ce cimetière étaient des inconnus dont les cercueils et les os devaient être réduits en poussière depuis bien longtemps. A part les enfants du pensionnant d'à côté, plus personne ne fréquentait cet endroit, et il avait bien entendu le devoir de gronder ces plaisantins qui venaient ici échapper à la surveillance de leurs professeurs et organiser des sales coups. Personne de censé ne venait fleurir ces tombes, mais Armand avait la très nette conviction que cette femme était loin d'être une personne censée.  

 
Quant elle eu fini de décorer toutes les tombes avec des fleurs cueillit au bord des chemin, elle alla s’asseoir sur un banc vermoulu pratiquement enfoui sous la glycine. De là où il était Armand ne pouvait plus la voir, mais il devinait sans peine ce qu'elle était en train de faire. Comme l'autre jour il l'imaginait son missel noir à la main, en train de répéter inlassablement ces paroles impies dépouillées de leur sens sacré. Cette femme était une aberration, et s'il en avait eu le courage il l'aurait chassé de ce lieu de paix et de recueillement. Malheureusement il en était incapable, car il en avait peur. Son ventre était toujours noué, et il devenait de plus en plus angoissé en l'imaginant venir assister à son office. Il savait qu'il ne pourrait se contrôler s'il la savait dans l'église, et qu'il serait incapable de prendre la parole devant ses ouailles. Une peur profonde lui serrait les entrailles et il choisi de fuir. Évitant le cimetière, il quitta l'église qu'il ferma à clef et couru jusqu'au premier arrêt de tramway. Un grisant sentiment de liberté l'emplit quand le tramway démarra et que le paysage urbain se mit à défiler. Les fidèles trouveraient porte close et pour cela il subirait des remontrances salées, mais ce n'était rien à côté de la peur que lui inspirait cette personne. Rentrer à l'hôtel, se glisser sous les draps et oublier dans les bras de sa femme tout ce qui venait de se passer. 


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:30 (2017)    Sujet du message: Rosaria

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